Les rêves de l'Ourse

Notre manifeste : résister aux temps barbares !

 

Au-delà de la promotion de l'oeuvre littéraire et graphique de Nathalie Fougeras, Les rêves de l'Ourse se fondent sur une vision du monde qu'elle partage avec l'artiste.


En effet, certains d’entre nous considèrent que nous vivons des « temps barbares », une époque qui voit la culture, l’intelligence, la bienveillance reculer dans nos relations au vivant, qu’il soit humain ou non.

La violence des mots et des comportements s’impose dans tous les domaines, au détriment de la compassion, de l’écoute, de la poésie, de l’émerveillement.


N’en a-t-il pas toujours été ainsi ? A l’échelle de l’histoire humaine, il semble évident que si. Autrement, nous ne serions pas dans cette situation aujourd’hui.


Qu’y a-t-il donc de si différent à notre époque ? Les capacités de nuisance d’une humanité de quelques millions d’individus, pourvus d’une technologie limitée, ne peuvent être comparées à celles de près de 8 milliards d’humains dotés d’une puissance jusqu’alors inimaginable au service d’une culture et d’un mode de vie destructeurs.


En ce sens, l’expression « temps barbares » ne signifie pas que nous serions passé d’une civilisation éclairée, aujourd’hui disparue, à une période de sauvagerie anarchique. Ces « temps barbares » renvoient plutôt à l’idée que la culture, l’intelligence et la bienveillance – qui semblaient jusqu’alors devoir s’étendre en même temps et dans les mêmes proportions que l’humanité développait ses capacités – paraissent inexorablement se contracter et ne trouver leur place qu’au sein « d’îlots de résistance » de plus en plus menacés.


Paradoxalement, ces îlots de résistance servent d’alibi aux plus cyniques qui poursuivent ainsi leur entreprise de destruction massive tout en apaisant les consciences : « Vous ne voyez que le mauvais côté des choses », « Les mentalités évoluent », « Il existe tellement de solutions pour réparer nos erreurs passées », etc, etc.


Les faits démontrent malheureusement que les « résistants » sont relativement peu nombreux face à l’immense majorité des « barbares » actifs ou passifs qui constituent notre espèce. Par ailleurs, notre civilisation – fondée sur la compétition, la suprématie des plus violents sur tous les autres, l’accaparement de toutes les richesses matérielles et immatérielles – privilégie les comportements aberrants et mortifères.


Que faire ? Continuer à résister, à témoigner, à transmettre, chacun à son niveau, chacun à sa manière. L’intention précède toujours le geste. Avant de s’interroger, voire de se culpabiliser, sur les gestes, petits ou grands, que nous pourrions accomplir, changeons nos intentions, notre vision du monde et de nous-même. L’histoire que nous nous racontons depuis des millénaires est fausse : ce monde ne nous appartient pas, nous lui appartenons ; nous n’avons pas été condamnés à le détruire méticuleusement ; nous avons besoin de ce monde pour vivre, bientôt pour survivre ; ce n’est parce que notre espèce est la seule à pouvoir le détruire qu’elle doit nécessairement le détruire ; nous ne sommes pas obligés de nous comporter en barbares, ni entre nous, ni envers le monde.


La maison d’édition Les rêves de l’Ourse, à son niveau, à sa manière, s’engage à porter sur notre monde, humain et non humain, un regard émerveillé et bienveillant et à partager ce regard le plus largement possible. Bien entendu, nous sommes lucides sur le fait que nous faisons partie intégrante du système : nous vendons nos livres puisque sans cela, nous ne pourrions résister, témoigner, transmettre. Pour autant, nous demeurons fidèles aux intentions qui nous animent et attentifs aux gestes que nous accomplissons.

Illustration (dessin à l'encre)

pour La maison des Belettes ©